Ces peurs qui nous gouvernent… et nous minent
- Frédérique Lisbet

- 14 juil.
- 6 min de lecture

Dans un précédent article, j’expliquais pourquoi le corps ne récupère pas toujours malgré le repos. Parmi les mécanismes qui maintiennent le système nerveux en vigilance, il y en a un que l’on sous-estime souvent : la peur.
Certaines peurs ne font pas de bruit. Elles ne ressemblent pas à de la panique. Elles ressemblent plutôt à : « Je vais encore dire oui », « Je ne veux pas décevoir », « Je ne peux pas me permettre de ralentir », « Et si je n’y arrivais pas ? »
Est-ce que j’ai des peurs… ? Moi, non, pas vraiment
J’ai l’habitude maintenant. Quand je questionne les peurs, de prime abord, mes clients me répondent que de ce côté-là ça va.
Pourtant, quand je creuse un peu, généralement j’aide à en mettre au jour plusieurs, comme la peur de parler, de décevoir, de mal faire ou de ne pas être à la hauteur, de changer, …
Ces peurs font partie de la vie. Elles rejoignent plus ou moins les peurs fondamentales de l’être humain.
Derrière la plupart de nos peurs se trouvent trois grands besoins biologiques :
1. La peur de ne plus être en sécurité (survie)
C'est la plus archaïque.
Elle comprend la peur de mourir, de manquer, la peur de la maladie, la peur de perdre le contrôle, la peur de l'inconnu, la peur de l'échec (car l'échec pouvait autrefois menacer la survie)
Le cerveau ne fait souvent pas beaucoup de différence entre "Je vais mourir" et "Je vais perdre mon travail."
Les deux activent les mêmes circuits de survie.
2. La peur du rejet ou de ne plus être aimé
L'humain est un animal social. Pendant des centaines de milliers d'années, être exclu du groupe... c'était mourir.
Notre cerveau l'a retenu. D'où la peur du jugement, la peur du regard des autres, la peur de décevoir, la peur de ne pas être assez, la peur d'être critiqué.e, la peur de ne pas être choisi.e, la peur de ne pas être aimé.e.
Je retrouve presque systématiquement ces peurs très actives chez mes clients.
3. La peur de la séparation ou de l'abandon
Elle est proche de la précédente mais différente.
Ce n'est plus "On ne m'aime pas." Mais "Je vais être seul.e."
Elle se manifeste par de la dépendance affective, des difficultés à quitter une relation, la peur du changement, la peur du vide, des difficultés à poser des limites, le besoin d'être utile, la peur de déplaire.
Jacques Fradin, médecin et psychothérapeute, parle souvent de deux grands systèmes :
Le système de sécurité.
Le système de récompense.
Lorsque le système de sécurité prend toute la place, la personne cesse progressivement de vivre.
Elle survit.
Le modèle de la théorie polyvagale nous parle aussi de ça.
Le système nerveux pose inconsciemment trois questions.
Suis-je en sécurité ?
Suis-je relié ? (Ai-je quelqu'un sur qui compter ?)
Ai-je des ressources ? (Pour agir, fuir, me défendre)
C’est donc normal d’avoir des peurs, cela fait partie de notre système de survie et le problème n'est pas qu'elles existent.
Quand les peurs deviennent une question à considérer
Le problème commence lorsqu'elles deviennent notre état de fonctionnement habituel sans qu’on s’en rende forcément compte. Nous vivons sous un système de « menace permanente », un bruit de fond toxique qui nous maintient en alerte, en hypervigilance.
Cet état sape notre résistance à petit feu :
Hypervigilance => axe du stress durablement sollicité => sommeil moins récupérateur => fatigue, dérégulations hormonales et métaboliques possibles.
L'axe qui régule notre réponse au stress reste durablement sollicité, avec des conséquences très concrètes sur notre énergie, notre sommeil, notre immunité, notre équilibre hormonal…
Evidemment, l’idée n’est pas de supprimer les peurs.
D’une part ce n’est pas possible puisqu’elles sont inhérentes à notre système de survie.
D’autre part la peur est une émotion adaptative précieuse qui nous protège, nous permet d’anticiper.
En revanche, les peurs nous parlent de nos besoins, notamment :
Besoin de sécurité,
Besoin de repère ou de cadre.
Besoin de stabilité.
Besoin de confiance.
Dans l’accompagnement émotionnel, on ne cherche pas à supprimer les peurs, on cherche à leur redonner leur place et leur juste fonction. Car une peur bien comprise et intégrée peut se transformer en courage.
Le courage de faire des choses qu’on pensait inatteignables pour nous.
Le courage de poser des limites (et là on voit bien le lien avec la colère par exemple).
Le courage d’être soi et non de continuer à suivre des schémas qui nous ont été inculqués, avec intérêt peut-être, mais qui aujourd’hui nous limitent.
Une peur n'est pas une ennemie. C'est un message.
Mais lorsqu'elle prend toute la place, elle finit par empêcher le reste de vivre.
Le regard Médecine Chinoise
En Médecine Chinoise, chaque saison correspond à un mouvement, un élément, un organe, une émotion, une qualité particulière.
L'hiver correspond à l'élément Eau, au couple Rein / Vessie, à l'émotion de la peur, à l'énergie profonde (le Jing), …
Pourquoi le Rein pour cette saison ?
Si on observe la nature, en hiver, elle fait exactement ce que le Rein représente.
Les arbres n'essaient pas de faire des fleurs, au contraire ils ralentissent, ils économisent, ils stockent, la sève redescend.
Les graines dorment.
Les animaux hibernent.
L'énergie retourne en profondeur.
L'hiver n'est pas une saison de production. C'est une saison de conservation.
Le Rein représente justement cette réserve.
En MTC, il est considéré comme le gardien :
De notre énergie de base (Jing),
De notre capacité de récupération,
De notre longévité,
De notre fertilité,
De notre croissance,
De notre résistance.
Autrement dit le Rein n'est pas seulement un organe, c'est notre batterie profonde.
Quel lien peut-on faire entre la peur et le Rein ?
La peur immobilise ou fait fuir ou vide.
En chinois on dit même parfois qu’une grande peur fait descendre le Qi.
On retrouve cette observation dans le langage courant.
Quelqu'un qui a très peur peut :
Perdre ses moyens,
Avoir les jambes coupées,
Uriner sous l'effet de la peur,
Sentir ses genoux fléchir.
Toutes ces manifestations sont reliées au Rein dans la tradition chinoise.
Et quand l'énergie du Rein est faible, on retrouve classiquement :
De la fatigue profonde,
Une sensation de manquer de ressources,
De la frilosité,
Des difficultés à récupérer,
Des peurs importantes,
Des difficultés à passer à l'action,
Une perte de confiance,
Un vieillissement prématuré,
Possiblement des lombalgies,
Une baisse de vitalité, …
Là où ça devient encore plus intéressant, c'est qu'on peut faire un parallèle avec les neurosciences.
Je l’ai mentionné, une peur chronique maintient l'organisme dans un état de vigilance qui sollicite durablement l'axe du stress, perturbe le sommeil, modifie la récupération, influence le métabolisme, …
Là où la médecine chinoise dit « L'énergie du Rein s'épuise », les neurosciences disent plutôt « Le système nerveux autonome reste mobilisé en permanence et ne retrouve plus suffisamment d'état de sécurité pour permettre une récupération optimale. »
Les mots changent mais le phénomène observé est étonnamment proche. Ce sont 2 façons différentes de parler de la même chose.
Les week-ends BienDansSaSaison
L'hiver nous invite naturellement à ralentir, à économiser nos ressources et à retrouver notre énergie profonde. Pourtant, beaucoup d'entre nous continuent à vivre comme en plein été : toujours dans l'action, toujours à répondre aux attentes, toujours en vigilance.
Dans le week-end BienDansSaSaison de novembre, en début d’hiver selon la Médecine Chinoise et peu avant l’hiver selon notre calendrier, nous allons aborder cette thématique des peurs.
Il ne s’agit pas de vous faire un cours magistral sur le sujet.
Mais quand même de vous donner quelques points de repère.
D’abord pour vous aider à lever le voile sur les peurs qui, peut-être, vous limitent (voir le problème, c’est déjà apporter une partie de la solution).
Ensuite pour vous donner des clés pour mieux les réguler, notamment :
Des pratiques corporelles pour aider le système nerveux à retrouver davantage de sécurité ;
Des outils de régulation émotionnelle ;
Une alimentation qui soutient l’énergie des reins ;
Des temps de nature, de silence et de respiration pour laisser émerger.
Enfin pour vous redonner du pouvoir sur émotions plutôt que de les laisser vous mener inconsciemment.
Parce qu'avant de retrouver son énergie, il est parfois nécessaire que le corps comprenne qu'il peut enfin relâcher la vigilance.




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