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La violence

il y a 4 jours
4 min de lecture
Le paon indien pour appeler la paix et la prospérité
Le paon indien pour appeler la paix et la prospérité

J’ai besoin d’être confrontée et en même temps, j’ai besoin d’avoir face à moi quelqu’un avec qui je peux dialoguer.

C’est précisément l’état d’esprit dans lequel je suis depuis hier.

 

Ces derniers jours, les images de violences, les affrontements entre manifestants et policiers, la colère qui monte de part et d’autre m’ont profondément bouleversée.

 

Je ne suis ni politologue, ni spécialiste du maintien de l’ordre. Je ne prétends pas analyser ici la situation politique. Ce que je sais davantage observer, parce que c’est au cœur de mon métier, ce sont les mécaniques émotionnelles qui, chez chacun de nous, peuvent rendre la rencontre avec l’autre presque impossible. C’est aussi cela qui me dévaste.

 

Avec toutes les connaissances que nous avons aujourd’hui sur le fonctionnement humain, sur les mécanismes de défense, sur les émotions, sur le besoin de sécurité, comment en sommes-nous encore à des situations où chacun semble ne plus voir chez l’autre qu’un adversaire à combattre ?

J’observe un dialogue de sourds. Ou souvent même, une absence de dialogue.

Des positions qui se radicalisent. Chacun pense détenir une part essentielle de la vérité et devient de moins en moins capable d’écouter ce que l’autre tente de dire.

Et pourtant, pour qu’il puisse y avoir rencontre, il faut qu’il puisse y avoir écoute.

 

Quand nous nous exprimons depuis nos peurs

Lors de notre récente conférence sur le conflit, nous avons beaucoup parlé des peurs qui nous empêchent d’entrer véritablement en relation lorsque le désaccord apparaît, qui peuvent nous faire fuir le conflit ou empêcher qu’il soit constructif.

Je retrouve ces mécanismes aujourd’hui.

Quand nous nous exprimons depuis l’espace de nos peurs, notre vision devient plus facilement binaire. Si l’autre n’est pas du même avis que moi, alors « forcément », c’est un ennemi »

Et s’il réussissait à fragiliser mon système de croyances qui est aujourd’hui ce qui me permet de tenir et d’avancer malgré mes peurs.

Nous ne défendons parfois pas seulement une opinion : nous défendons le système qui nous permet psychiquement de rester en sécurité. Cela explique pourquoi certains débats deviennent si vite impossibles.

 

Comprendre ce qui conduit quelqu’un à un comportement violent ne signifie ni l’excuser, ni nier la responsabilité de ses actes, ni renoncer à poser des limites.


Prendre de la hauteur pour comprendre

Ces derniers jours, Anne Ghesquière a remis en avant, dans son podcast Métamorphose, une interview enregistrée en novembre 2020, en pleine période Cov*d. Merci à elle pour ces interviews si souvent inspirantes, et particulièrement, là, pour avoir fait ressurgir celle-ci aujourd’hui. Certains des propos de Thierry Janssen m’ont profondément apaisée et m’ont semblé d’une actualité saisissante au regard de ce que nous traversons.

Thierry Janssen dit en substance que si nous regardons l’autre uniquement à travers ce qui dysfonctionne chez lui, nous risquons de l’y enfermer. Il évoque, dans la lignée de Carl Rogers, la possibilité qu’un regard plus aimant et compatissant permette au contraire à l’autre de commencer à prendre soin de ses propres dysfonctionnements.

Cette posture rejoint énormément celle que je m’efforce d’avoir dans mes accompagnements.

Elle n’est pas toujours facile à tenir. Et j’observe même qu’elle peut parfois être plus facile avec mes clients qu’avec ma propre famille ou mes proches, parce que viennent alors se mêler mes propres blessures, mes enjeux, mes peurs et mon histoire.

 

Retrouver ce que nous avons en commun : les besoins

Nous avons tous des besoins fondamentaux.

Ce qui diffère, ce sont les circonstances dans lesquelles nous essayons de les nourrir, les possibilités dont nous disposons et les stratégies que nous mettons en œuvre.

Et, à nouveau, comprendre ce qui peut conduire quelqu’un à adopter un comportement violent ou destructeur ne signifie pas l’excuser ni justifier.

C’est peut-être particulièrement difficile lorsqu’il y a de la violence car la violence nous active.

Elle appelle immédiatement en nous des réflexes de condamnation, de défense voire parfois de vengeance.

Et pourtant, j’ai du mal à croire qu’une réponse uniquement punitive puisse suffire à recréer les conditions du lien.

Je m’interroge profondément sur ce qui se passe lorsque la souffrance n’est pas entendue, lorsque la colère n’est regardée que comme un comportement à faire cesser, lorsque chacun répond à la peur de l’autre depuis sa propre peur.

Cela ne signifie pas que toutes les colères soient justes dans leur expression. Cela ne signifie pas non plus que toute violence serait excusable parce qu’elle naîtrait d’une souffrance.

Mais derrière une colère, il peut y avoir quelque chose qui demande à être entendu. Un besoin de justice, de respect, de considération. La nécessité de pouvoir agir, avancer, avoir prise sur sa vie.

 

Et peut-être est-ce aussi en revenant à ces besoins que nous pouvons commencer à nous rencontrer un peu davantage.

 

Et moi dans tout ça ?

Mon envie profonde est de pouvoir contribuer à faire dialoguer ensemble les points de vue qui s’opposent. Je le répète, pour qu’il puisse y avoir rencontre, il faut qu’il y ait écoute. Il ne faut pas qu’il y ait une des deux parties qui se positionne en au-dessus de l’autre avec l’idée que c’est elle qui sait mieux et que l’autre ne sait pas, n’a rien compris.

 

J’aimerais simplement que nous retrouvions suffisamment de sécurité pour pouvoir nous confronter sans immédiatement chercher à nous détruire.

Parce qu’au fond, c’est peut-être cela qui m’inquiète le plus aujourd’hui : non pas que nous soyons en désaccord, mais que nous ne sachions plus comment rester en lien avec quelqu’un qui ne voit pas le monde comme nous.

 

Et vous ? Qu’est-ce qui vous aide à maintenir le dialogue lorsque vous êtes profondément en désaccord avec quelqu’un ?

Comment faites-vous pour continuer à écouter lorsque ce que dit l’autre vient toucher très fort vos valeurs, vos peurs ou vos convictions ?

J’aimerais vraiment lire vos expériences.

 
 
 

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