top of page

La soumission : la 4e réponse au stress dont on parle trop peu

On connaît souvent les trois grandes réponses au stress : combattre, fuir ou se figer.

Quand un danger survient, notre organisme cherche à nous protéger. Il peut mobiliser l’énergie pour faire face, nous pousser à partir, ou au contraire nous immobiliser quand il n’y a plus d’issue immédiate.

Ces mécanismes sont de plus en plus connus grâce aux travaux sur le stress, le trauma, le système nerveux autonome et la théorie polyvagale.

Mais il existe une autre réponse, beaucoup moins visible, et pourtant très fréquente dans les accompagnements émotionnels : la soumission.

Ou, pour le dire autrement : l’adaptation par l’effacement de soi.


C’est cette stratégie que le psychiatre Ansgar Rougemont-Bücking développe dans son livre Vampirocène (livre que j'ai découvert grâce à l'interview de son auteur par Lilou Macé). Et c’est un éclairage précieux, parce qu’il permet de comprendre certains comportements adultes qui paraissent “irrationnels” tant qu’on ne les relie pas à leur fonction première : survivre.


La soumission : une stratégie de survie

Se soumettre ne veut pas forcément dire obéir consciemment.

Dans le langage du système nerveux, la soumission peut prendre des formes beaucoup plus subtiles :

  • être gentil pour ne pas déranger ;

  • sentir très vite ce que l’autre attend ;

  • éviter le conflit à tout prix ;

  • dire oui alors que tout en soi dit non ;

  • s’adapter en permanence ;

  • prendre sur soi ;

  • minimiser ce que l’on ressent ;

  • accepter l’inacceptable parce que “ce n’est pas si grave”.


Chez l’enfant, cette stratégie peut être vitale.

Quand il dépend entièrement des adultes autour de lui, il ne peut pas fuir. Il ne peut pas vraiment se battre. Il ne peut pas toujours se figer sans conséquences.

Alors son système nerveux peux trouver une autre voie :

  • 👉 ne pas provoquer ;

  • 👉 s’adapter ;

  • 👉 plaire ;

  • 👉 devenir facile ;

  • 👉 ne pas faire de bruit.

Ce n’est pas une faiblesse. C’est une intelligence de survie.

Le problème, c’est que ce qui a été utile à un moment donné peut devenir limitant plus tard.


Quand l’adaptation devient une prison

Ce que l’enfant a appris pour rester en lien peut devenir, adulte, un mode automatique.

Cela peut donner des personnes qui :

  • ont du mal à poser leurs limites ;

  • se sentent coupables dès qu’elles disent non ;

  • s’oublient dans la relation ;

  • restent dans des situations qui leur font du mal ;

  • ne savent plus très bien ce qu’elles veulent ;

  • se suradaptent au travail, dans le couple, dans la famille ;

  • ressentent beaucoup… mais expriment peu.


De l’extérieur, on peut dire :

“Elle manque de confiance.”

“Il ne sait pas s’affirmer.”

“Elle se laisse faire.”

“Il devrait juste apprendre à dire non.”

Mais de l’intérieur, c’est beaucoup plus complexe.

Parce que le corps ne vit pas cela comme un simple choix comportemental. Il le vit comme une stratégie ancienne de sécurité.

Dire non peut déclencher de la peur.

Décevoir peut donner l’impression d’être en danger.

Être en désaccord peut réveiller une alarme disproportionnée.

Ce n’est pas “dans la tête”.

C’est dans le système nerveux.


Les facettes figées : quand une part de nous reste bloquée dans l’ancien danger

En coaching émotionnel, on observe souvent que certaines réactions ne correspondent pas vraiment à l’âge adulte de la personne.

Une femme intelligente peut se sentir soudain comme une petite fille terrorisée face à une critique. Des clientes me le disent d'ailleurs : "Là, dans cette situation, j'ai l'impression de redevenir une petite fille et c'est plus fort que moi".

Un homme compétent peut perdre tous ses moyens dès qu’il sent qu’il déçoit.

Une personne très autonome peut s’effondrer à l’idée d’être abandonnée.

C’est comme si une partie de la personne revenait à un âge plus ancien.

On peut parler de parts, de facettes, de mémoires émotionnelles ou de réponses figées.

L’idée est simple : une part de nous est restée associée à une situation passée où elle n’avait pas les ressources pour réagir autrement.

Elle a alors développé une stratégie :

  • se taire ;

  • faire plaisir ;

  • contrôler ;

  • anticiper ;

  • disparaître ;

  • devenir parfaite ;

  • ne rien demander.

À l’époque, cette stratégie avait du sens.

Mais vingt, trente ou quarante ans plus tard, elle peut continuer à tirer la sonnette d’alarme dans des situations qui ne sont plus réellement dangereuses.

C’est cela que l’on voit très souvent dans les comportements limitants.

La personne sait intellectuellement que la situation actuelle n’est pas grave… mais son corps réagit comme si elle l’était.


Pourquoi comprendre ne suffit pas ou pas toujours

Beaucoup de personnes ont déjà beaucoup compris.

Elles savent qu’elles se suradaptent.

Elles savent qu’elles ont du mal à dire non.

Elles savent qu’elles ont peur de décevoir.

Elles savent qu’elles reproduisent certains schémas.

Mais elles n’arrivent pas toujours à changer.

Pourquoi ?

Parce qu’un comportement d’adaptation n’est pas seulement une idée. C’est une empreinte corporelle et émotionnelle.

Tant que le système nerveux associe une situation à un danger, il continue à réagir.

C’est pourquoi il ne suffit pas toujours de raisonner avec la part adulte.

Il faut aussi aider le corps à vivre autre chose :

👉 sentir que maintenant, c’est différent ;

👉 sentir qu’il y a de la sécurité ;

👉 sentir qu’il existe d’autres réponses possibles.

C’est là que la régulation émotionnelle devient un levier très intéressant.


La bifocalité : rester ici tout en approchant ce qui se rejoue

Dans l’interview, Ansgar Rougemont-Bücking explique un principe important de l’EMDR, technique initialement mise au point pour prendre en charge les grands traumatisés de guerre ou de camps de concentration : la personne porte son attention sur deux choses en même temps.

Elle peut être en lien avec une mémoire, une image, une sensation ou une émotion, tout en suivant un mouvement des yeux ou une stimulation bilatérale.

Cette double attention crée une forme d’interférence dans le traitement habituel de l’information. Le cerveau ne peut plus dérouler exactement le même automatisme. Il devient possible de retraiter l’information autrement.


En coaching émotionnel, nous n’utilisons pas l’EMDR. Ce n’est pas le même cadre, pas la même méthode, pas les mêmes indications.

Mais nous utilisons énormément un principe proche : la bifocalité.

C’est-à-dire :

👉 rester en contact avec une situation, pensée, image... qui nous active ;

👉 tout en gardant un ancrage dans le présent, dans le ressenti du corps et dans ce qui s'y passe.

Par exemple, une personne peut explorer une sensation de gorge serrée quand elle imagine poser une limite.

  • Elle ne repart pas nécessairement dans toute son histoire.

  • Elle n’a pas besoin de revivre l’événement d’origine.

  • Elle apprend à observer ce qui se passe dans son corps, à mettre des mots, à respirer, à revenir au présent, à sentir qu’elle peut rester là sans être débordée.

Petit à petit, le cerveau et le corps découvrent qu’il existe une autre voie.


Ce que le coaching émotionnel peut accompagner

Le coaching émotionnel n’est pas une psychothérapie du trauma.

Il ne remplace pas un psychiatre, un psychologue ou un psychothérapeute formé au psychotraumatisme.

Lorsqu’il y a des traumas lourds, des violences, des états dissociatifs importants, des troubles psychiatriques, des crises sévères ou une grande instabilité, l’accompagnement relève d’un cadre médical ou psychothérapeutique spécialisé.

En revanche, le coaching émotionnel peut être extrêmement pertinent pour accompagner :

  • les schémas de suradaptation ;

  • la difficulté à poser des limites ;

  • la peur de décevoir ;

  • le besoin de contrôle ;

  • la culpabilité ;

  • les émotions qui débordent ;

  • les réactions corporelles liées au stress ;

  • les comportements automatiques qui ne sont plus au service de la personne.


Il peut aussi être complémentaire d’un suivi psychologique ou psychiatrique, lorsque la personne a besoin d’apprendre à mieux décoder ses émotions, à retrouver des ressources corporelles, à renforcer son espace de sécurité et à reprendre du pouvoir dans son quotidien.


Défiger les parts qui tirent encore la sonnette d’alarme

L’objectif n’est pas de supprimer une part de soi.

Une part qui se soumet, qui contrôle, qui se tait ou qui cherche à plaire n’est pas un ennemi.

C’est une part qui a essayé de protéger.

Le travail consiste plutôt à l’écouter autrement :

  • que cherche-t-elle à éviter ?

  • de quoi a-t-elle peur ?

  • quel besoin essaie-t-elle de protéger ?

  • que pourrait-elle apprendre aujourd’hui ?

  • comment pourrait-elle se sentir moins seule ?

Quand une part figée se sent reconnue, sécurisée et remise en lien avec les ressources de l’adulte, elle peut progressivement se défiger.

Elle n’a plus besoin de déclencher l’alarme aussi fort.

Elle n’a plus besoin de rejouer l’ancienne stratégie.

Elle peut apprendre à faire autrement.

Et souvent, cela change beaucoup de choses dans la vie quotidienne :

  • dire non devient moins terrifiant ;

  • exprimer un besoin devient possible ;

  • les conflits ne sont plus vécus comme une menace vitale ;

  • la personne retrouve plus d’espace intérieur ;

  • le corps se détend.

De la survie à la régulation

La soumission est une stratégie de survie.

Elle mérite d’être comprise avec beaucoup de respect.

Mais elle n’a pas vocation à piloter toute une vie.

Apprendre à réguler ses émotions, ce n’est pas devenir lisse, calme et parfaitement maîtrisé.

C’est apprendre à reconnaître ce qui se passe en soi.

C’est pouvoir dire :

“Là, quelque chose en moi a peur.”

“Là, je suis en train de m’effacer.”

“Là, je dis oui alors que mon corps dit non.”

“Là, une ancienne part de moi croit encore qu’elle est en danger.”

Et à partir de là, il devient possible de créer une nouvelle réponse.

Plus adulte. Plus libre. Plus ajustée.


C’est précisément ce que permet un accompagnement émotionnel bien cadré : non pas retourner fouiller dans le passé pour tout revivre, mais apprendre à écouter les signaux du corps, à réguler l’activation, à reconnaître les parts figées, et à leur offrir enfin autre chose que la survie.

Parce qu’un comportement limitant n’est souvent pas un défaut de caractère.

C’est une ancienne stratégie de protection qui attend d’être remise à jour.


Ca vous parle?


Commentaires


bottom of page