Burnout : comprendre les mécanismes et agir dessus pour mieux récupérer
- Frédérique Lisbet

- 20 avr.
- 8 min de lecture

Burnout, quelle réalité se cache derrière ce mot de plus en plus utilisé ?
Présentation en quelques mots
Le burnout est souvent décrit comme un épuisement professionnel. Mais cette définition est en réalité trop limitée.
Le burnout est un processus progressif d’épuisement physique, émotionnel et mental, qui survient lorsque les ressources d’une personne ne suffisent plus à faire face aux exigences de son environnement. D’un point de vue physiologique, on peut dire que le système nerveux a perçu que la personne n’est plus en capacité de prendre soin de ses besoins essentiels alors il lui a « coupé ses ressources ».
Contrairement à ce que l’on croit souvent, le burnout ne concerne pas uniquement le travail. Il peut également apparaître dans d’autres contextes, comme :
Charge familiale
Rôle d’aidant
Pression personnelle
Surcharge émotionnelle
Et surtout, il ne résulte jamais d’une seule cause. Le burnout est le résultat d’un ensemble de facteurs extérieurs et intérieurs qui s’additionnent sur la durée.
Comprendre ces mécanismes est essentiel pour prévenir l’épuisement (si on se sent sur la mauvaise pente) … mais aussi pour s’en remettre durablement si on a déjà dépassé ses limites.
Le burnout : un processus, pas un accident
Le burnout ne survient presque jamais du jour au lendemain. Il se construit progressivement, souvent sur plusieurs années.
La personne commence généralement par :
S’investir beaucoup
Vouloir bien faire
Prendre des responsabilités
Au fil du temps, les exigences augmentent, soit de la part de l’entourage, soit de la part de la personne elle-même (on oublie vite les progrès déjà accomplis et il devient facile de croire que l’on n’en fait jamais assez), les ressources diminuent et un déséquilibre s’installe entre ce qui est demandé ou les exigences que l’on se fixe et ce que la personne peut donner.
Ce déséquilibre prolongé entraîne une activation chronique du système de stress.
Les mécanismes biologiques du burnout
Pour comprendre le burnout, il faut comprendre le fonctionnement du système de stress.
Lorsque nous faisons face à une situation exigeante, notre organisme active une réponse adaptative :
Libération d’adrénaline
Production de cortisol
Mobilisation de l’énergie
Ce système est utile… à condition qu’il soit temporaire, ou au moins qu’il y ait des plages de repos véritable, c’est-à-dire des phases de sortie du stress.
Mais lorsque les situations stressantes deviennent chroniques, le corps reste en hyperactivation permanente.
Cette activation prolongée entraîne :
Fatigue du système nerveux
Perturbation hormonale
Inflammation chronique
Épuisement énergétique
Peu à peu, le corps n’arrive plus à récupérer.
Les causes externes et internes qui peuvent conduire à un burnout
Les causes extérieures du burnout
Les facteurs environnementaux jouent souvent un rôle important.
Pression professionnelle
Certaines organisations de travail favorisent l’épuisement, notamment :
Charge de travail excessive
Manque de reconnaissance
Injonctions contradictoires
Fonctionnement conduisant à la perte de sens
Lorsque les efforts fournis ne sont pas reconnus, par l’extérieur voire in fine par la personne elle-même, la motivation peut progressivement s’effondrer.
Manque d’autonomie
Le burnout apparaît aussi lorsque les personnes ont :
Peu de contrôle sur leur travail
Peu de marge de décision.
Cette situation crée un sentiment d’impuissance.
Conflits relationnels
Les relations difficiles peuvent être une source majeure de stress :
Tensions hiérarchiques
Conflits d’équipe
Manque de soutien
Personne écartée volontairement
Le sentiment d’isolement augmente alors la vulnérabilité.
Charge familiale ou émotionnelle
Certaines personnes cumulent :
Des causes professionnelles telles qu’identifiées ci-dessus
Une forte charge mentale familiale
Voire un rôle d’aidant par rapport à des enfants, conjoints, parents ou proches
Ce cumul peut mener à une surcharge chronique.
Les causes intérieures du burnout
Les facteurs extérieurs ne suffisent pas totalement à expliquer le burnout.
Deux personnes exposées aux mêmes conditions ne réagiront pas forcément de la même manière.
Certaines caractéristiques personnelles peuvent augmenter la vulnérabilité. Parmi elles, on peut citer :
Le perfectionnisme
Les personnes perfectionnistes ont souvent des exigences très élevées envers elles-mêmes.
Elles peuvent :
Travailler excessivement
Avoir du mal à déléguer, en particulier par croyance que le travail sera moins bien fait sans elles ou par manque de temps pour « éduquer » d’autres personnes
L’hyper-responsabilité
Certaines personnes peuvent se sentir responsables de tout et portent beaucoup :
Les responsabilités
Les émotions des autres
Les problèmes collectifs
Elles ont parfois du mal à poser des limites.
Le besoin de reconnaissance
Lorsque l’estime de soi dépend fortement du regard des autres, les personnes peuvent :
Se surinvestir
Chercher à prouver leur valeur.
La difficulté à écouter ses limites
Certaines personnes ont appris très tôt à :
Tenir
S’adapter
Ne pas se plaindre
Agir pour faire plaisir
Elles continuent à fonctionner malgré les signaux d’alerte du corps.
Reconnaître un burnout
Les différents stades du burnout
Le burnout se développe généralement en plusieurs phases.
1. La phase d’engagement intense
Au début, la personne est très investie.
Elle peut ressentir :
Beaucoup d’enthousiasme
Une forte motivation
Un profond sentiment d’utilité
Ces ressentis contribuent à booster l’énergie et à se sentir un peu invincible. Donc la personne peut commencer à négliger :
Son repos
Sa vie personnelle
Voire certaines tâches perçues comme moins prioritaires
2. La phase de suradaptation
La charge augmente, mais la personne continue à s’adapter.
Elle peut :
Travailler davantage
Réduire ses temps de récupération
Rogner sur le temps passé à des tâches perçues comme moins prioritaires en se disant que c’est temporaire.
Dans ce mécanisme, l’aspect temporaire s’allonge jusqu’à s’installer durablement. En parallèle, des premiers signes apparaissent :
Fatigue
Irritabilité
Troubles du sommeil
Des inconforts de santé comme des troubles digestifs, des problèmes de peau, des dérégulations hormonales, …
Et même un beau cocktail de tout ça
3. La phase d’épuisement
Le corps commence à s’épuiser. Cela se passe autant sur le plan hormonal, par exemple parce que le corps manque des nutriments nécessaires à la fabrication des neurotransmetteurs qui soutiennent l’action, que sur le plan physique directement perçu.
Les symptômes deviennent plus marqués ce qui fait rentrer dans une spirale négative :
Fatigue chronique
Perte de motivation
Troubles de concentration
Et augmentation de l’effort pour essayer de remédier à la baisse d’efficacité consécutive
La personne peut se mettre à ressentir une distance émotionnelle vis-à-vis de son travail ou des autres.
4. La phase d’effondrement
Dans certains cas, l’épuisement devient tel que la personne s’effondre, au sens de ses ressources internes comme au sens propre de sa capacité à avancer. Elle ne peut alors plus continuer. Cela correspond souvent à :
Un effondrement émotionnel
Une incapacité à travailler liée à un épuisement intense
Des troubles physiques importants
Parfois une sensation de dégoût
Les effets du burnout sur le corps
Le burnout ne touche pas seulement le mental. Il affecte également le corps puisque tout le système hormonal qui soutient la physiologie est impacté.
Les symptômes physiques
Ils peuvent inclure :
Une fatigue intense
Des troubles digestifs
Des douleurs musculaires ciblées ou diffuses
Des troubles du sommeil comme de l’insomnie malgré la fatigue, des cauchemars, des troubles importants d’endormissement … et également, à l’inverse, une hypersomnie.
Des dérèglements hormonaux variés (de la thyroïde, situation de prédiabète…)
Des migraines
Des troubles pulmonaires comme des pneumopathies alors qu’il n’y avait pas de prédisposition
Le système immunitaire peut également être fragilisé.
Les effets psychiques
Sur le plan psychologique, les personnes peuvent ressentir :
De l’anxiété qui peut être légère mais devenir également chronique
De l’irritabilité
Une perte de confiance
Un sentiment d’échec
Des troubles pouvant conduire jusqu’à la dépression
Certaines personnes décrivent une impression de vide intérieur.
Une question d’âge ?
Malheureusement non. Je vois de plus en plus de situation de burnout en début de carrière ou pendant les études.
Je sais que le phénomène existe aussi chez les enfants mais je ne suis pas aussi spécialiste dans ce cas même si je peux avoir des clés d’accompagnement.
Exemples de situations rencontrées en accompagnement
Dans les personnes que j’accompagne, certaines situations reviennent régulièrement.
La cadre engagée qui ne sait plus s’arrêter
Très investie dans son travail, elle a longtemps assumé de nombreuses responsabilités.
Peu à peu, elle ressent :
De la fatigue considérée comme normale du fait de la charge de travail
Puis une perte de motivation s’insinue
Il peut s’ajouter des difficultés de concentration et/ou de mémoire
Elle réalise qu’elle n’a plus d’énergie pour elle-même.
Cela peut aller assez vite quand il y a en plus un contexte managérial toxique et délétère.
L’aidante familiale épuisée
Elle s’occupe d’un parent âgé tout en gérant son travail et sa famille, d’un ou plusieurs enfants en situation de handicap et assume toute la charge mentale ou presque.
Elle finit par ressentir :
Une surcharge émotionnelle qui peut la conduire à des comportements non souhaités ce qui ajoute une couche supplémentaire de culpabilité
Une fatigue constante
Un sentiment d’impasse
Parfois du brouillard mental
L’entrepreneure passionnée
Elle s’est lancée dans son activité avec enthousiasme.
Mais la pression financière, le fait de devoir être sur tous les fronts (prospection, communication, réalisation, gestion financière…), la difficulté à s’extraire du quotidien d’entrepreneure pour prendre du recul et la solitude décisionnelle finissent par créer une forte tension intérieure.
Comment sortir d’un burnout
Pourquoi il est difficile de se remettre d’un burnout
Beaucoup de personnes pensent qu’un simple arrêt de travail suffit. 1 semaine ou 15 jours.
C’est généralement assez loin de la réalité et la récupération est souvent longue pour plusieurs raisons.
Plusieurs raisons expliquent cela.
L’épuisement du système nerveux
Lorsque le système de stress est resté activé trop longtemps, il lui faut du temps pour retrouver son équilibre. C’est comme s’il disait « Tu as montré que tu ne sais pas prendre soin de toi, maintenant il va falloir que tu montres que tu as compris le message ! ».
Le corps est passé dans une forme de mode de figement dont il ne ressort pas si facilement. Dans ce mode, il détourne toute une partie de l’énergie d’où l’épuisement.
Pour l’aider à en sortir, il a besoin d’engranger des informations de sécurité.
Les schémas internes
Certaines habitudes et schémas profonds qui ont pu contribuer au burnout continuent à fonctionner :
Perfectionnisme
Sur-adaptation
Difficulté à poser des limites
Manque de confiance en soi et perte de perception de sa valeur
Sans travail sur ces schémas, les personnes risquent de reproduire les mêmes situations.
La perte de repères
Après un burnout, certaines personnes ne savent plus :
Comment travailler
Comment se protéger
Comment gérer leur énergie
De plus, elles ne savent pas forcément comment éviter de retomber dans le même piège.
Les approches d’accompagnement
Plusieurs types d’accompagnement peuvent soutenir la récupération.
Suivi médical
Le médecin peut évaluer l’état de santé global et prescrire un arrêt si nécessaire. Selon les cas, il peut aussi donner des médicaments pour traiter certains symptômes comme la perte de sommeil, l’anxiété, la dépression, un état de tension exacerbé…
Psychothérapie
Elle peut aider à :
Comprendre les mécanismes psychiques
Travailler les schémas de fonctionnement.
Approches corps-esprit
Certaines pratiques peuvent soutenir la régulation du système nerveux :
Des pratiques de respiration consciente
Des techniques de relaxation
Une activité physique douce
Des pratiques corporelles
Importance d’un accompagnement émotionnel
Un accompagnement émotionnel peut jouer un rôle essentiel dans la récupération.
Pourquoi ?
Parce que le burnout est souvent lié à :
Des émotions accumulées
Des tensions non exprimées
Une accumulation de besoins que l’on n’a pas appris à écouter et encore moins à exprimer
Une certaine méconnaissance du rôle de ses émotions dans ce qu’elles peuvent permettre d’écouter ses besoins et limites non entendus jusque-là
Apprendre à reconnaître et à accueillir ses émotions permet souvent de :
Relâcher certaines tensions internes
Rester connectée à une forme de boussole intérieure qui donne le cap, les limites et permet de se réguler
Rester maitre de la situation et de ses décisions sans être en mode réactionnel
Retrouver un équilibre plus durable
L’accompagnement émotionnel aide également :
D’identifier les schémas qui ont contribué à l’épuisement
D’acquérir de nouvelles façons de fonctionner.
Pour conclure
Sortir d’un burnout ne consiste pas seulement à récupérer physiquement. Pour avoir un mieux-être durable, éviter les récidives et aussi la peur de la récidive, il est important d’intégrer les raisons profondes qui nous y ont conduit et un mode de fonctionnement plus adéquat.
Cette épreuve souvent douloureuse peut être l’occasion de :
Repenser son rapport au travail
Redéfinir ses priorités
Réapprendre à écouter ses limites.
Pour beaucoup de personnes qui prennent le temps d’approfondir l’expérience, cette étape devient aussi un moment de transformation personnelle dont elles ressortent renforcées.




Commentaires